Les ligaments artificiels PDF Imprimer Envoyer
Les ligaments artificiels

Nicolas Duval, M.D., FRCSC
Clinique orthopédique Duval
Laval (Québec)

La chirurgie du LCA avec un ligament artificiel n’est pas populaire parmi les chirurgiens orthopédistes canadiens. Divers facteurs sont responsables du manque d’intérêt pour cette option. Le principal facteur est le grand nombre d’échecs des ligaments par rupture ou par synovite documentés dans les publications des années 19901,2.

Le concept du remplacement du LCA, qui est à la base des chirurgies par autogreffes, s’est révélé un échec pour les ligaments artificiels. Les ligaments artificiels ne peuvent pas être implantés comme des «prothèses». Pour assurer un bon résultat à long terme, l’implantation d’un ligament artificiel doit s’accompagner d’une intégration biologique. Ma technique actuelle pour assurer une intégration biologique comprend un ligament artificiel de petit calibre qui est implanté en association avec une réparation sub-aiguë du LCA. Le ligament artificiel fait office de tuteur à la guérison ligamentaire. Pour la réparation du LCA j’utilise plusieurs sutures de fil non-résorbable dans le moignon du LCA mises en place arthroscopiquement à l’aide du « Meniscal Viper Repair Kit » (Arthrex). J’utilise toujours la fluoroscopie pour créer les tunnels fémoral et tibial qui sont le plus souvent d’un diamètre de 5.5 mm, permettant d’implanter un ligament LARS AC 60.

La place des ligaments artificiels dans les ruptures chroniques du LCA est généralement limitée aux ruptures ayant guéri en nourrice sur le LCP, et où une réparation peut être tentée, ou aux implantations mixtes d’une autogreffe avec un ligament artificiel. Dans la plupart des autres cas, il n’est pas recommandé d’implanter un ligament artificiel puisque la rupture du ligament utilisé comme prothèse ligamentaire n’est qu’une question de temps.

C’est en suivant ces lignes directrices que je me suis lancé dans diverses études reliées aux ligaments artificiels3, en particulier ceux de la société LARS (Arc sur Tille, France). La revue d’un premier groupe de patients opérés pour diverses atteintes du LCA a montré un haut taux de satisfaction lié à cette technique avec une faible morbidité4. Ces résultats ont justifié la tenue d’études prospectives randomisées comparant l’autogreffe du tendon rotulien et le ligament artificiel LARS. Les résultats préliminaires à deux ans de suivi d’une de ces études ont déjà été publiés5. Les patients auront tous complété un minimum de suivi de 5 ans en décembre 2006, permettant la clôture de ces études en 2007 et la présentation des résultats obtenus. Ces études ont été supportées financièrement par la société LARS mais ont été réalisées de façon indépendante et sans aucune ingérance de la société dans leur déroulement.

Un aspect particulièrement intéressant des ligaments artificiels, est le développement de la nouvelle génération de ligaments artificiels bioactifs et biointégrables. Cette nouvelle génération, issue de l’ingénierie tissulaire, est un hybride où un polymère bioactif est greffé, permettant de masquer l’origine synthétique du ligament et de contrôler la réponse fibroblastique à la surface des fibres de polyester. Des études in vitro ont montré que les polymères bioactifs synthétisés ou greffés modulent la prolifération des cellules en culture et que cette modulation est médiée par des protéines d’adhésion comme la fibronectine et le collagène et par leur conformation6,7. Ces nouveaux ligaments en sont actuellement à l’étape de l’expérimentation animale. Ils devraient devenir disponibles pour les implantations humaines au cours des prochaines années. De nouvelles études prospectives seront alors nécessaires pour définir la place de ces nouveaux implants dans la chirurgie du LCA.

References

1. Chaput C., Duval N. The History of ligament substitutes. In: Ligaments and Ligamentoplasties. Yahia H (ed.), Springer-Verlag Berlin Heidelberg; 1997; 143-165

2. Duval N., Chaput C. A Classification of prosthetic ligament failures. In: Ligaments and Ligamentoplasties. Yahia H. (ed.), Springer-Verlag Berlin Heidelberg; 1997; 167-191

3. Duval N. The Future of Anterior Cruciate Ligament Reconstruction. Bulletin de l’Association Canadienne d’Orthopédie 1999; 46:14-19

4. Lavoie P., Fletcher J., Duval N. Patient satisfaction needs as related to knee stability and objective findings after ACL reconstruction using the LARS artificial ligament. Knee 2000; 7:157-63

5. Nau T., Lavoie P., Duval N. A new generation of artificial ligaments in reconstruction of the anterior cruciate ligament. J Bone Joint Surg Br 2002; 84(3):356-60

6. El Khadali F., Helary G., Pavon-Djavid G., Migonney V. Modulating Fibroblast Cell Proliferation with Functionalized Poly(methyl methacrylate) Base Copolymers: Chemical Composition and Monomer Distribution effect. Biomacromolecules 2002; 3(1):51-56

7. Ciobanu M., Siove A., Gueguen V., Gamble L.J., Castner D.G., Migonney V. Radical graft polymerization of styrene sulfonate on poly(etylene terephtalate) films for ACL applications: “grafting from” and chemical characterization. Biomacromolecules 2006 Mar; 7(3):755-760.

Mise à jour le Vendredi, 09 Février 2007 06:39